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FIN DE LA GUERRE DE MOUVEMENT – LES TRANCHEES

 
            Maricourt devait marquer la fin de la guerre de mouvement.
 
            Ce que nous avions fait en Picardie, d'autres l'avait fait dans l'Artois et d'autres dans les Flandres. De la mer du Nord jusqu'aux Vosges, l'ennemi était contenu.
 
            Nous étions trop faibles, trop dépourvus de munitions pour le rejeter des lieux où nous l'avions fixé.
 
            Il était trop fatigué et trop désorienté devant sa défaite imprévue pour ne pas souffler un peu avant de nouveaux efforts.
 
            Il va donc s'organiser sur place et, en face de lui, nous allons l'imiter à notre tour.
 
            Un mot qui connaîtra une fortune prodigieuse, désignera l'ère nouvelle qui va commencer dans l'histoire de la guerre : les tranchées.
 
            Les 3 et 4 Octobre, le régiment se repose à Suzanne.
 
            On se lave, on se rase, on se brosse, on boit, on mange, on dort. Le canon que l'on entend, c'est pour « les autres ». C'est à peine si l'on pense encore au calvaire des neuf dernières journées.
 
            On reçoit du courrier : ce n'était pas arrivé depuis plus d'un mois.
 
            On paie la solde : ce n'est pas grand'chose. Mais cela crée une atmosphère de vie plus normale.
 
            On touche un ravitaillement régulier et on peut encore améliorer l'ordinaire chez les épiciers et les « bistrots » de Suzanne et de Bray sur Somme.
 
            C'est trop beau pour durer.
 
            Le 6 Octobre, on nous envoie occuper le plateau au sud de la route Péronne – Albert, en avant de Suzanne.
 
            Les deux grosses fermes de Bronfaÿe et de Billion formeront une seconde ligne de défense pour le cas où la première ligne Maricourt – Carnoy – Mametz – Fricourt viendrait à être débordée.
 
            Et cette seconde ligne, on l'organisera en creusant des tranchées.
 
            Oh ! Ce ne sont pas des tranchées bien profondes, pas bien efficaces non plus. Mais c'est la ligne continue d'un fossé, en avant duquel la terre rejetée forme un parapet qui double la valeur de la protection.
 
            On fait cela sans enthousiasme. On ne considère cela que comme des abris provisoires qui permettront de respirer un peu en attendant le moment favorable – et qu'on espère prochain – où l'on pourra sauter sur l'adversaire et le vaincre.
 
            Jusqu'au 15 Décembre, on fera les terrassiers, tantôt sur le plateau  Bronfaÿe – Billion, tantôt plus en avant sur le front Maricourt – Carnoy – Mametz, tantôt plus en arrière, devant Bray sur Somme.
 
            La relève s'organise entre les bataillons, tandis que se définissent les secteurs d'occupation de chacun.
 
            Pour le 45ème, le front ira de l'ouest de Maricourt au-delà de Carnoy. Bray sur Somme sera son cantonnement de repos.
 
            En ligne, la vie est maintenant très pénible.
 
            L'hiver approche.
           
            Dans la terre froide et gluante, les nuits se passent sans sommeil, sous la pluie, le brouillard, la neige.
 
            On profite de l'obscurité pour aller, en avant des tranchées, enfoncer en sourdine les piquets où l'on attachera les réseaux de fils de fer barbelés. Le travail est fait sous la protection des patrouilles, mais aussi sous la menace des mitrailleuses et des fusils ennemis.
 
            Quand, au bout de 5 ou 6 jours, la relève a lieu, se sont des blocs de boue qui défilent, au petit matin, dans Bray sur Somme.
 
            Quelques heures plus tard, on oublie ses peines et ses fatigues. On a retrouvé son cantonnement habituel. Et le village, qui a gardé presque tous ces habitants, ne nous laisse plus souvenir qu'à 1200 mètres de là il y a des camarades qui sont terrés dans nos tanières de  bêtes sauvages avec, pour seul compagnon, l'angoisse de la mort.
 
            Ou plutôt non. Nous avons fait connaissance avec de nouveaux compagnons, parfaitement indésirables d'ailleurs, et qui ne vont pas nous quitter de toute la guerre : les poux.
 
            De quelque nom familier qu'on les ait appelés, ils n'en allaient pas moins se révéler des hôtes insatiables, à la fidélité toujours inassouvie.
 
            C'est aussi vers cette époque qu'il faut placer la naissance d'une institution dont l'utilité matérielle et sentimentale  fut incontestable : les marraines de guerre.
 
            Notons comme seuls événements à signaler au cours des mois d'Octobre et de Novembre, une attaque allemande le 15 Octobre. De Montauban, l'infanterie adverse cherche à gagner Carnoy. La fusillade est vive. Mais l'ennemi n'insiste pas et, laissant des morts sur la route, il regagne son point de départ.
 
            Notons que le 1er bataillon et le 3ème bataillon font de brefs déplacments comme soutiens du 14ème Corps à Beaufort et à Harbonnières.
 
            Notons enfin que le régiment est rattaché maintenant à la 33ème Division de réserve.
 
            C'est la direction du général Lecour de Granmaison qui commande cette division que nous allons bientôt repasser à l'attaque.
 
            En effet, le gouvernement et les Chambres qui, lors de l'avance allemande, avaient gagné Bordeaux, venaient de rentrer à Paris. On allait tâcher de faire coïncider leur retour avec une attaque générale sur tout le front et, si possible, avec une victoire.
 
            C'est ce que les Allemands allaient appeler «  les offensives parlementaires de Décembre ».

Date de création : 19/01/2013 ! 11:26
Dernière modification : 29/01/2013 ! 08:08
Catégorie : Historique du 45e RI - Le 45e RI en 14-18
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